Pignole Magazine

2000 albums : une rétrospective

Comme presque tout le monde, Spotify a transformé mon rapport à la musique.

Jusqu'à l'adolescence, j'écoutais en gros la même musique que mon père. Quand il mettait un morceau que j'aimais bien dans la voiture, je fouillais son serveur pour le retrouver et copier l'album entier sur mon ptit disque dur blanc. Tout était soigneusement rangé : un dossier par artiste, contenant un dossier par album, avec à l'intérieur mes chansons préférées. Pour être franc, c'était plus l'expression d'un TOC que d'une préférence pour le format de l'album comme expression artistique complète, mais j'étais très content de cette petite collection digitale.

Quand j'ai eu mon premier portable, j'ai appris à télécharger des mp3 pour pouvoir les écouter partout où j'allais. Moins propre - d'autant plus que les titres étaient souvent mal formatés, argh - mais plus pratique.

J'ai créé mon compte Spotify en juin 2014, à 16 ans. Jusqu'à décembre 2025, Spotify allait rester mon principal support d'écoute musical.

Je n'ai pas spécialement envie de m'étendre sur les raisons de quitter Spotify : la normalisation du modèle du streaming, qui n'est pas viable économiquement pour les musiciens, la décision unilatérale de ne plus rémunérer les artistes pour les chansons faisant moins de 1000 streams, les tracks IA poussées par Spotify dans les playlists de musique ambiante, les pubs pour l'ICE, la mise en avant de podcasts complotistes, la dégradation de l'expérience utilisateur et du système de recommandation, les 600 millions d'euros d'investissement dans l'armement IA de Daniel Ek, qui en revanche n'a pas les moyens de rémunérer les artistes... Tout cela est largement documenté ailleurs. Quittez Spotify ! C'est facile.

Ce qui m'intéresse davantage, c'est la marchandisation de la musique par le streaming. En migrant ma bibliothèque musicale vers Qobuz, j'ai été frappé de constater que je n'avais jamais écouté une grande partie des presque 2000 albums que j'avais sauvegardés au fil des années. Pourtant, s'ils sont là, c'est bien qu'ils avaient piqué mon intérêt à un moment, non ?

Très franchement, ça me fout un peu le cafard. Paradoxalement, en nous donnant accès à un catalogue infini, j'ai l'impression que Spotify nous rend de moins en moins curieux. Je me souviens de l'époque où chaque album était important. Je me souviens de m'être forcé à aimer certains de ceux qui sont désormais mes albums préférés, et j'ai peur de ne plus être capable de réellement donner sa chance à la musique qui sort un peu de ma zone de confort.

Le but de cet énorme petit exercice d'écriture est donc d'écouter ces 2000 albums un par un, par ordre d'ajout, et d'écrire quelques lignes dessus. Idéalement au rythme d'un par jour (on en reparle).

Dans le processus, j'espère retracer l'évolution de mon rapport à la musique, de la manière de découvrir des albums à l'ère du streaming, dire des conneries et - qui sait ? - découvrir ou redécouvrir des pépites.


Le premier article :

#1: Procol Harum - Whiter Shade of Pale (live)


#musique